Le juste équilibre

De Sandra DODD - Traduit par Jeanine Barbé
Lien vers l'article original http://sandradodd.com/balance

Les gens devraient-ils vivre en haute mer ou au cœur du continent, bien loin des océans ?

Allez, vite, quelle est votre réponse ?

C’était une petite question juste pour vous faire réfléchir. Mais il arrive que des personnes m’adressent ce genre de questions. Dans l’esprit de certains, la phrase « ne croyez pas tout ce que vous lisez » devient « ne croyez rien de ce que vous lisez ».

A mi-chemin, il y a des idées telles que « Adoptez les idées qui vous paraissent sensées et qui semblent fonctionner chez vous après quelques essais ». Ou encore : « N’adoptez pas une idée juste parce que vous l’avez lue quelque part, mais attendez qu’elle soit testée et approuvée, soit par des personnes que vous estimez compétentes, soit par votre propre recherche ou observation.»

Lorsqu’on réfléchit uniquement de façon extrême, l’idée « Il y a plus d’une vérité » devient « Toutes les idées se valent et sont vraies ». Ce n’est pas parce qu’il y a plusieurs vérités que les foutaises n’existent pas !

De même avec les enfants, il n’y a pas plus lieu de les laisser en pleine mer que de leur éviter le contact avec l’eau. Cherchez le point d’équilibre qui permettra à chacun (vous y compris) de se sentir en sécurité, connecté et en bonne santé. Ne rien permettre aux enfants est aussi extrême que de tout leur permettre. Tout faire pour eux est aussi inadéquat que ne rien faire pour eux. Quelque part, au cœur du large (infini) éventail entre le tout et le rien, vous trouverez une palette (somme toute assez limitée) d’idées avec lesquelles vous vous sentirez bien et productif. Au fur et à mesure des décisions à prendre, ce « lieu » deviendra familier et vous le retrouverez de plus en plus facilement.

Les nouveaux unschooleurs peuvent avoir cette sensation de naviguer entre les extrêmes et cela peut prendre un certain temps avant de trouver un équilibre satisfaisant pour toute la famille. Cela prend parfois des années, mais en attendant, il y a moyen de se sentir mieux.

Si les anciennes règles disaient que l’école était vitale et que « l’instruction » (définie comme le programme de l’école idéale) était essentielle, les nouvelles règles devraient-elles stipuler que l’école n’est pas importante et que l’instruction n’est pas indispensable ?

Je ne crois pas que nous fassions disparaître l’école en prenant cette dernière option. L’école est encore là. Un jour, d’une manière ou d’une autre, nos enfants réclameront peut-être d’aller à l’école. En devenant « unschoolers » , nous ne renions pas l’importance du savoir, mais nombreux sont ceux qui préfèrent l’idée de « l’apprentissage » avec toutes les possibilités qu’offre ce concept plutôt que le concept plus étriqué d’« instruction ».

Ma « nouvelle règle » favorite a toujours été que l’apprentissage passe en premier. Quand le choix de faire une chose plutôt qu’une autre se présente, j’essaie toujours d’aller vers l’activité la plus novatrice pour mes enfants, et la plus fascinante aussi. « Nouveau et différent » bat « nous le faisons tout le temps, au même endroit, de la même façon ». Mais il y a des activités réconfortantes et s’en débarrasser totalement serait aussi astreignant que la routine avec toujours les mêmes activités rassurantes. Aussi cherchons-nous un équilibre. Ou alors nous « trafiquons » la routine et la modifions au point de rendre particulièrement mémorable le truc le plus routinier !

Récemment, un couple a rejoint le groupe unschooling.com et a témoigné du fait que le « unschooling » ne marchait pas chez eux. Comme beaucoup d’autres personnes avant eux, ils ont raconté qu’ils avaient arrêté l’école et qu’ils avaient arrêté de faire faire quoi que ce soit à leurs enfants. Et à présent, leurs enfants ne faisaient RIEN.

Ecartant l’idée d’un fort potentiel dans ce « rien », les parents sont passés de l’étape « nous faisons TOUT faire à nos enfants » à celui de « nous ne faisons RIEN faire du tout à nos enfants ». Et de façon tout à fait intéressante, ça a marché ! : au premier abord, les enfants n’ont RIEN fait. Ou du moins, les parents ne pouvaient pas apercevoir ces nouvelles choses que leurs enfants faisaient.

Plutôt que de virer de façon dichotomique d’un bord à l’autre, le but est d’aller vers un juste milieu, parfaitement inconnu auparavant. Ce n’est pas dit que mon modèle fonctionne partout (car contrairement à ce que certains pensent, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton), mais voici une façon d’appréhender le problème : soyez attentifs et observez s’il y a un voyant dans votre tête qui clignote « tout » d'un côté ou « rien » à l’autre extrême. Souvenez-vous qu’il est impossible pour quiconque de « tout faire » ou de « ne rien faire du tout ». Essayez de voir ce qui se passe si vous étiquetez ce voyant « trop » ou « pas assez » à la place, et tentez de trouver un point entre les deux. Remplacez les voyants « on/off » dans votre tête par une réglette ou un variateur de lumière !

A présent, reconsidérez aussi votre source d’énergie. Si le pouvoir décisionnaire n’est plus l’exclusivité des seuls parents, la tâche de générer le carburant nécessaire à leur propre apprentissage devrait-elle pour autant revenir aux enfants ? Personnellement, je n’attends pas du tout cela de mes enfants, pas plus que je n’attends d’eux qu’ils assurent leur survie en devenant chasseurs-cueilleurs dans notre cour parce que j’aurais décidé d’arrêter des les nourrir.

L’énergie est partagée et c’est ainsi que le « unschooling » fonctionne. Que je sois emballée par une nouvelle activité ou que ce soient plutôt mes enfants, il y a dans notre foyer de la nouveauté et de l’excitation à partager.

Certains parents qualifient le « unschooling » « d’apprentissage dirigé par l’enfant » et ils en concluent qu’il faut passer d’un mode de vie « dirigé par les parents » à une vie « dirigée par les enfants ». Mais le point d’équilibre se trouve là où la famille tout entière apprend à vivre ensemble harmonieusement. L’harmonie facilite la vie. Quand c’est chaotique, tout le monde est affecté. Tout comme l’harmonie a un effet sur chacun. Dans votre cabas, plutôt que d’emporter six parts sur douze ou une demi-douzaine de l’autre moitié(càd le juste milieu entre rien et la douzaine complète), je vous suggère d’emporter l’harmonie à la place !

L’harmonie exprime la même idée d’équilibre au niveau social. La façon dont vous vous sentez à cet instant précis a un impact sur la prochaine heure, sur la journée et sur tout le cours de votre vie.

Certaines personnes ont rapporté que le « unschooling » avait amélioré leur vie de famille. Dans chacun des cas que je connais personnellement, faire en sorte que la vie de famille soit meilleure est exactement ce qui fait que le « unschooling » fonctionne. Alors quid de l’œuf ou de la poule ? Si l’un vient à manquer, l’unité de la vie est rompue.

Peut-être connaissez-vous Lyle, un colistier régulier sur unschooling.com ? Il a écrit ceci: « Le « unschooling » a eu un incroyable effet positif sur nos vies, et pas seulement dans l’aspect éducatif, mais dans tout ce que nous faisons. Le « unschooling » a changé notre façon de vivre, de penser et d’appréhender le monde en général. » Un autre jour, il avait écrit : « Quand j’avais onze ans, je rêvais de devenir écrivain (il en rêve toujours en fait) ».

Lyle écrit très bien et très fréquemment au sujet de « son unschooling ». Il pourrait aussi choisir de ne rien écrire du tout, ou il pourrait se détacher de sa famille pour devenir un écrivain professionnel en écrivant plusieurs heures tous les jours. Comme de nombreux « unschoolers », Lyle écrit sur des sujets concrets. Il partage ce qu’il a découvert et expérimenté avec d’autres familles qui souhaitent aller vers le « unschooling ». Son écriture est concrète, car elle a un réel impact sur la réflexion et les actions de plusieurs personnes.

Lyle est écrivain. Quelque part entre ne rien écrire du tout et devenir un riche professionnel comme auteur, plusieurs personnes écrivent et changent la vie de plusieurs autres.

Dès à présent, quel que soit l’endroit où nous nous trouvons, nous pouvons considérer nos enfants et nous-mêmes comme des auteurs, des poètes, des acteurs, des musiciens, des ingénieurs, des philosophes, des sculpteurs ou des scientifiques plutôt que des potentiels futurs poètes ou scientifiques.

Nous nous trouvons au présent de nos vies, à mi- chemin entre le passé que nous ne pouvons plus changer et le futur que nous ne pouvons qu’imaginer. Il ne s’agit pas seulement de l’année en cours mais du jour d’aujourd’hui ; pas seulement d’aujourd’hui mais de l’instant présent.

Je vous remercie d’avoir passé un moment à me lire, et j’espère que vous profitez des nombreux instants présents avec vos enfants.


Au moment de la première édition de cet article, Sandra avait trois enfants non scolarisés. Kirby, 17 ans, Marty 14 ans et Holly 12 ans. Keith Dodd, le papa, gagne sa vie en tant qu’ingénieur. C’est un artisan du bois, un musicien et un Viking médiéval pour le plaisir.
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